Après Eric Berne, l’AT continue

Au sein de cette « A.T. classique », les différentes approches sont considérées comme complémentaires et susceptibles d’être combinées en dépit de leur divergences.

José Grégoire – Les orientations récentes de l’analyse transactionnelle

Une école de pensée désigne un ensemble de personnes qui partage des opinions semblables ou un point de vue similaire en philosophie. 

Eric Berne a fait de l’AT une discipline ouverte, dans la mesure où le processus reste éthique et contribue à guérir le patient. Nombre de transactionnalistes ont alors apporté leur singularité en contribuant à son développement.

Aujourd’hui encore, l’AT évolue. Chaque trimestre paraît la revue Actualités en analyse transactionnelle (AAT) en français, et le Transactional Analysis Journal (TAJ), en anglais, qui questionne les pratiques. Chaque analyste transactionnel peut y contribuer en écrivant des articles de fond qui contribueront au développement de l’AT. Les cinq écoles présentées ci-dessous sont extraites d’un article de J. Wilson & I. Karina, publié dans le Classique des ATT n°1.

Je suis OK / Tu es OK – I

Une épistémologie de « OK » en AT

Chaque être humain est né prince ou princesse ; des expériences ont convaincu certains qu’ils étaient des grenouilles, et le reste de leur développement pathologique résulte de cette croyance.

 Éric Berne – Principes de traitement psychothérapeutique en groupe – p 291

 

Plusieurs définitions circulent à propos du sens de « OK », la plus courante étant « zero killed ». Il semblerait que ce soit durant la guerre de Sécession aux États-Unis que l’expression fût utilisée dans les états-majors, au retour de batailles quand il n’y avait pas de victimes. Le glissement sémantique a profondément modifié le sens de l’expression en augmentant sa polysémie. En français, au moins deux significations viennent s’ajouter au sens originel.

« OK » est utilisé quand un système est, en soi, en bon état de fonctionnement, prêt à assurer la fonction pour laquelle il est destiné. Dans ce sens, et faisant un premier lien avec l’AT, nous attribuons « OK » à une analyse structurale.

« OK » est utilisée en lieu de place de « d’accord ». Or, « d’accord » n’a de sens que s’il se réfère à quelque chose, autre que soi. Je suis d’accord pour faire un acte spécifique, c’est à dire, respecter un engagement pris. Dans cette perspective, « OK » est attribué à un comportement respectueux d’un contrat.

« OK » peut être aussi la validation d’un propos, par exemple, « je suis d’accord avec ce que tu dis » ou « j’accepte ton point de vue ».

Dans une analyse transactionnelle proprement dite, OK sera une réponse à un stimulus. En AT, le terme est donc employé parfois dans une approche structurale (les gens sont OK) ou fonctionnelle (c’est OK de faire, de penser…).

 

Il faudra attendre le quatrième livre de Berne, Principes de traitement psychothérapeutique en groupe (1966), pour y rencontrer l’expression « OK ». « … sans aucun règlement explicite, les patients chercheront ardemment, dès la première heure, à identifier ce qui est OK et ce qui est non OK… » et plus loin d’ajouter « Pour être le plus efficace possible, il (le thérapeute) doit indiquer d’une manière ou d’un autre que sera considéré comme OK tout ce qui sert le processus thérapeutique et ne sera pas OK tout ce qui l’entrave ». Nous retrouvons ici les deux sens, dans un contexte où la pratique de l’AT est présente. Celui du processus thérapeutique en état de fonctionner et les comportements des patients qui en garantiront, ou pas, le succès.

Les gens sont OK

Les analystes transactionnels connaissent bien cette expression qui représente la valeur fondamentale de l’AT. Selon Berne, chaque être humain est né prince ou princesse, ce que Steiner[1] traduira par : Les gens sont nés OK, page 11du livre « Des scénario et des hommes » et les gens sont OK à la page suivante. Stewart et Joines[2] reprendront la formule « les gens sont OK » pour expliquer la philosophie de l’AT. Chaque auteur décrit ce qu’il entend par l’expression en faisant le lien avec les valeurs humanistes de l’AT que nous retrouvons sous une forme différente, mais identique sur le fond, dans le code éthique de l’EATA[3].

À mon tour, j’aimerais apporter un éclairage supplémentaire et totalement subjectif.

Je perçois « les gens sont OK » comme étant le fruit d’une pensée existentialiste. L’existentialisme est une approche philosophique apparue avec Kierkegaard, philosophe danois du 19ième siècle, cité plusieurs fois dans l’œuvre de Berne. Nous la retrouvons plus explicitement chez Sartre[4] qui la définit comme étant non déterministe, c’est-à-dire sans essence. Prenons comme exemple un objet simple, un stylo. Il a été fabriqué à partir d’un concept avec le projet précis, qui est de tracer des lignes ou des mots sur un support. L’objet stylo a une essence qui globalement se définit par sa fonction, l’écriture. Adopter une philosophie existentialisme en AT signifie que l’être humain n’a pas d’essence mais va se déterminer par son action future.

Nous sommes ici en contradiction avec ce qu’écrivent Stewart et Joines dans le manuel puisqu’ils évoquent explicitement « l’essence des êtres humains » aussi, regardons la cohérence entre une essence humaine et les valeurs de l’AT.

Si l’être humain est fondamentalement bon, par essence, pourquoi manifeste-t-il parfois des comportements violents, pourquoi va-t-il faire la guerre à ses voisins ou tuer son prochain ? Il est difficile de le considérer fondamental bon au regard de ce que nous pouvons observer quotidiennement sur la planète. Mais alors, est-il fondamentalement mauvais ? Pas plus qu’il n’est bon. Puisque « les gens sont OK », croire que l’homme serait mauvais rentre en contradiction avec les valeurs de l’AT. Par ailleurs, nous sommes tous témoins de ce que l’être humain a pu et peut encore apporter de meilleur pour lui et son environnement

Dans cette perspective, l’être humain n’est ni bon ni mauvais, il est. De ce simple statut d’être humain découle la première valeur de l’AT inscrite dans le code éthique de l’EATA et inspirée par les droits de l’homme, la dignité. Tout être humain a de la valeur simplement parce qu’il existe.  Son existence implique la reconnaissance de sa dignité. Dans ce sens, « Les gens sont OK » parle de la structure de l’être humain. Il est né, il est prêt à s’engager dans sa destinée, qui n’est autre que la seconde valeur du code éthique de l’EATA, l’autodétermination. J’associe la métaphore du Prince proposée par Berne à la fois à l’innocence du nouveau-né et au potentiel dont il dispose à la naissance. Ce potentiel peut être considéré comme étant la physis, l’énergie de vie chez Berne, le conatus ou la puissance de l’être chez Spinoza. Chaque individu développera ce potentiel au mieux, ce qui ne sera pas forcément bon, ni pour lui ni pour le reste du monde.

« Les gens sont OK » est le point de vue de l’analyste transactionnel, quel que soit son champ. Ce qui ne veut pas dire que le reste des êtres vivants et la nature en général ne l’est pas. Mais nous travaillons avec des êtres humains et il est important de se rappeler que chaque individu peut être accepté pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait.

À suivre : les positions de vie, je suis OK / Tu es OK

[1] Claude Steiner – Des scénarios et de hommes – Ed Desclée de Brouwer

[2] Ian Stewart et Vann Joines – Manuel d’analyse transactionnelle – Ed InterEditions

[3] https://eatanews.org/wp-content/uploads/2019/04/ethics-code-feb-13th-edit.pdf

[4] Jean-Paul Sartre – L’existentialisme est un humanisme – Ed Folio

Collaborer ou coopérer ?

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Deux mots pour dire la même chose ?

 

Les mots collaborer et coopérer sont souvent utilisés de façon indifférenciée. Pour les distinguer l’un de l’autre, regardons leur étymologie.

Collaborer, vient du latin collaborarer, et se construit avec le préfixe co qui signifie avec et laborer, travailler. On parle parfois de labeur au sujet du travail.

Coopérer a d’abord été utilisé dans un cadre chrétien. Il s’agit de faire quelque chose avec quelqu’un. La prière en l’occurrence, s’agissant de la religion. Dans notre société laïque, le sens a évolué et signifie « opérer avec quelqu’un » et pas nécessairement au travail.

Cependant beaucoup de managers souhaiteraient mettre de la coopération au sein des équipes. Nous pouvons nous inspirer de la théorie organisationnelle de Berne et plus particulièrement de la notion d’imago pour savoir à quel moment les gens collaborent ou coopèrent.

L’imago est l’image mentale que chacun se fait de ce qu’est ou devrait être un groupe. Au fil du temps, cette image va s’ajuster à la réalité de ce qu’est le groupe, il s’agit de l’ajustement de l’imago.

Prenons l’exemple de Béatrice qui souhaite créer une association d’aide aux personnes en réinsertion professionnelle. Elle a suivi un cursus certifiant de coaching et a travaillé avec ses pairs sur son projet. Elle a une représentation de ce que devra être son association, c’est son imago provisoire.

Elle forme le bureau de l’association avec deux autres coachs et s’aperçoit que les avis divergent quant au montant de l’adhésion et à la constitution du CA. Après discussion Béatrice aura modifié ses représentations et son imago collera davantage à la réalité de ce qui se passe dans le groupe. Il s’agit de l’ajustement adaptatif.

Six mois plus tard, le CA est constitué, l’association compte une cinquantaine de membres qui sont aussi les personnes accompagnées. Les rôles et fonctions de chacun sont connus de tous. L’idée de départ de Béatrice n’a plus grand-chose à voir avec la réalité du terrain. Ella a ajusté son imago au stade opératif.

Il y a eu quelques tensions avec le trésorier au moment de l’assemblée générale, mais tout est rentré dans l’ordre car ils ont su se parler. Chacun a pu dire ce qui lui va et ne lui va pas. La discussion était sincère et ce fut l’occasion de véritablement se connaître, pour elle et le trésorier. Ici son imago est secondaire ou secondairement ajustée (imago est un nom féminin).

À mon sens, il convient de parler de collaboration au stade opératif, là où chacun sait ce qu’il a à faire et le fait . Alors que la coopération va se rencontrer au stade secondaire quand le groupe va dans la direction montrée par le leader, que les objectifs et envies sont partager, que les membres ont un avenir en commun.

 

 

 

 

Déplacer la frontière de la vie professionnelle, devenir l’artisan de son activité

mail

A l’heure où les frontières géographiques ont disparu (espace Schengen), deviendrait-on plus libre si celle entre vie professionnelle et personnelle disparaissait à son tour ?

Nous devons à Alfred Korzybski la sémantique générale, discipline qui met en évidence le rapport entre les mots, la culture et les comportements. Les mots nous permettent de définir notre monde et d’en tirer les leçons pour agir en fonction des évènements. Le langage participe à la construction de notre culture.

Au mot vie, nous associons parfois un adjectif, ce qui la segmente : vie professionnelle, vie privée. Nous séparons le monde du travail  du reste. Autant d’expressions qui façonnent la perception de notre environnement et créent des frontières.

Temporelles, nous passons 35 heures au travail (ou plus, ou moins) réparties sur la semaine.

Spatiales, nous nous rendons au bureau, ou ailleurs, pour travailler.

Cette dichotomie est le modèle de vie à suivre, pour la plupart des personnes actives dans l’industrie et le tertiaire.

Et si nous prenions conscience que nous n’avons qu’une seule vie dans ce monde, pourrions-nous devenir les artisans de notre activité professionnelle ?

A l’instar de l’agriculteur qui ne travaille pas en fonction d’horaires prédéfinis mais des besoins de l’activité, chaque salarié pourrait, lui aussi, organiser son activité en fonction des contraintes professionnelles. Sans, l’artisan-salarié aménage son temps de travail, tel un écrivain, un compositeur ou un chercheur.

Utopie ou réalité ?

Cela peut paraître inconcevable dans une culture où le code du travail compte 3400 pages. Pourtant, si on y regarde de plus près, la frontière professionnelle s’est déjà déplacée. Nombre de métiers ne se font plus sur 7 ou 8 heures d’affilées. Prenons l’exemple d’un(e) caissièr(e) en grande distribution. Ses horaires varient entre l’ouverture et la fermeture avec parfois des coupures en milieu de journée. Que dire du cadre qui rentre chez lui (chez elle) avec ordinateur et téléphone portable. Sans parler du travail le dimanche qui concerne de plus en plus de métiers.

Si dans les faits nous y sommes, culturellement, les résistances pour maintenir les frontières sont encore bien présentes.

Le changement rencontre des résistances, surtout quand il est imposé ce qui est le cas pour un grand nombre de métiers à horaires variables, ce qui est aussi le cas du travail le dimanche où le gouvernement a dû faire usage du 49-3 à 3 reprises.

Imposé, le changement est une punition. Choisi, il peut être opportunité.

L’autonomie contribue à la disparition des frontières

L’abolition des frontières pro/perso s’intègre dans un modèle d’entreprise libérée défini par Isaac Getz[1]. La hiérarchie favorise l’autonomie des salariés qui s’en saisissent. La porte de l’entreprise libérée vue par Getz se situe du côté de la direction. Comme il le dit, cela peut prendre plusieurs années avant de changer de modèle. En effet, même avec un leader libérateur, le résultat n’est positif que dans la mesure où les salariés adhèrent à la proposition. Leur engagement est la clé du succès du dispositif.

La conséquence de l’engagement est une dilution des frontières. La vigilance est de s’assurer de la capacité à exercer sa profession dans un contexte moins structuré.

A en croire les témoignages et articles sur le sujet, ce dispositif est l’avenir des entreprises à forte croissance.

L’engagement dans son travail, synonyme d’épanouissement

Depuis Maslow, nous savons que l’être humain a besoin d’accomplissement. Le travail peut remplir cette fonction et permettre aux personnes de mieux vivre. L’engagement crée un lien affectif avec son entreprise. Si une personne qui, en dehors du temps de travail, va délibérément à la rencontre de son produit ou son service, en faisant un détour dans les allées du supermarché, en passant délibérément devant son enseigne, elle est engagée. Elle aime son produit ou son service. Elle aime son entreprise.

Est-ce un bien ou mal ? A chacun sa réponse. Ce qui me semble important est de vérifier avec ses proches la compatibilité entre le temps de travail et les autres temps et de se préserver de l’excès.

Après tout, nous savons à quel moment manger. Nous n’avons pas de représentation de la vie pendant et en dehors des repas. Nous savons aussi que manger à longueur de journée est mauvais pour la santé.

 

[1] Liberté & Cie : Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises – Getz/Carney

 

 

5C – 1D, comment obtenir des signes de reconnaissance – part 1

poignée de mains

Dans ses travaux sur « l’hospitalisme », Spitz a montré qu’il ne suffisait pas de nourrir un bébé pour qu’il se développe normalement. Il lui est nécessaire de recevoir de l’affection, d’être pris dans les bras de sa mère ou sa nourrice, d’être caressé. Sans contact, sans amour, les nourrissons dépérissent ou, s’ils s’en sortent, gardent de graves séquelles psychologiques.  Berne a pris en compte les travaux de Spitz dans son apport sur les 3 soifs.

  1. Le bébé (puis l’adulte) a besoin d’être stimulé
  2. Il a besoin d’être caressé (strokes en anglais). L’adulte a aussi ce besoin. Dans ce cas, il s’agit de caresses psychologiques. En français nous parlons de signes de reconnaissance (SR)
  3. Pour obtenir des SR l’adulte va structurer son temps.

Pour Berne, chaque transaction est en soi un SR. En leur absence, la personne voit « sa moelle épinière se flétrir », c’est à dire qu’elle dépérit, isolée. En d’autres termes, l’absence de signes de reconnaissance est préjudiciable à une bonne santé psychique. Nous pouvons le constater quand certaines catégories de personnes se retrouvent victimes d’exclusion : les chômeurs qui se sentent inutiles, les personnes âgées qui n’ont plus de contacts sociaux et se meurent d’ennui…

Chaque transaction est un contact social et un SR : dire bonjour à son voisin, prendre un café avec son collègue ou exercer une activité en lien avec d’autres personnes sont autant d’échanges de signes de reconnaissance.

Comme les SR nous permettent de vivre bien, nous les recherchons systématiquement en structurant notre temps. Berne a classé la structuration du temps en 6 étapes. Retrait, rituel, passe-temps, activité, jeux psychologiques, intimité. A chaque étape son lots de SR.

Claude Steiner, dans une approche didactique, nous apprend à gérer les SR. Conditionnels, les SR portent sur ce qui est fait, Inconditionnels, ils portent sur l’être. Dans les deux cas, les SR peuvent être positifs ou négatifs. Notons au passage que les SR conditionnels ne peuvent exister qu’au niveau de l’Activité.

Quant à Raymond Hostie il apporte un regard supplémentaire en présentant la structuration du temps sous forme de compas et en évaluant l’intensité des signes de reconnaissance.

compas

Dans le prochain post, nous découvrirons qu’elles sont les conditions pour obtenir, à chaque étape de la structuration du temps, des SR.

Je suis OK / Tu es OK – II

Une épistémologie de « OK » en AT

Les positions de vie

C’est au chapitre 12 du même ouvrage[1], « la classification des positions de vie », que nous entrons dans une signification propre à l’AT. Les 4 positions de vie, qui vont conduire à des considérations sur soi et les autres.

  • Je suis OK / Tu es OK
  • Je suis OK / Tu n’es pas OK
  • Je ne suis pas OK / Tu es OK
  • Je ne suis pas OK / Tu es OK

C’est un regard sur la valeur intrinsèque que chacun s’accorde et accorde aux autres. Là encore, « OK » se rapporte à une analyse structurale. Ces positions fondamentales vont entrainer des comportements spécifiques et cohérents avec les représentations que chacun a sur soi, les autres et le monde en général.

Prenons par exemple Clara, dont la position fondamentale est « je suis OK / Tu es OK ». Elle va se comporter da manière respectueuse, prenant soin d’elle et des gens qu’elle rencontre. Mais Clara peut rencontrer Jérémy, au hasard d’une soirée chez des amis, dont la position est « Je suis OK / Tu n’es pas OK ». Jérémy se permettra un geste déplacé à l’encontre de Clara qui s’en trouvera troublée et déconcertée. À chaque rencontre, la position de vie choisie par chacun permettra de trouver des points de convergence ou de divergence chez l’autre. Les comportements constructifs se manifesteront chez les individus qui partagent les mêmes considérations et des points de vue convergents, à partir d’une position : Je suis OK / Tu es OK.

Une personne dont la position de vie est « je suis OK / tu es OK » acceptera les autres tels qu’ils sont, indépendamment de leur propre position. Mais à moins d’être psychothérapeute ou dans un métier d’accompagnement, à plus ou moins long terme les relations risquent de se dégrader avec ceux qui ont une vision négative d’elles-mêmes ou des autres.

Nous représentons les positions dans une grille proche de « l’enclos OK » de Ernst[2] pour observer la distance des points de vue entre les personnes. Nous graduons les axes du tableau avec une échelle arbitraire qui va de 0 à 100, en valeur absolue. Cela signifie que la valeur intrinsèque attribuée, à soi et aux autres, est propre à tout individu. Même si deux personnes ont des positions de vie similaires, leurs pensées, émotions et comportements, au regard d’un même événement, sont (heureusement) différents.

Par exemple, dans cette grille, Pablo a une position « je ne suis pas OK / Tu es OK » élevée. Il se dévalorise fréquemment devant des figures d’autorité qu’il va mettre sur un piédestal. Mais parfois, il arrive à surmonter son appréhension et dire ce qu’il ressent à son chef. Béatrice a une position « Je suis OK / Tu es OK » mais a aussi un regard très critique sur les injustices commises dans le monde qui pourrait la conduire vers des comportements agressifs. Elle en a conscience et sait se maitriser. Lisa, avec une position de vie similaire à celle de Béatrice, montrera plus de distanciation et d’acceptation dans ses réactions face à un même événement.

Julien a du mal à comprendre Antoine, qui voit la vie en noire. Il aura tendance à jouer des jeux dans un rôle de Persécuteur avec Antoine et Sauveteur avec Pablo.

Lisa et Béatrice s’entendent parfaitement bien. Elles savent se parler pour se dire ce qui va comme ce qui ne va pas. Lisa a essayé à plusieurs reprises de montrer les points positifs de la vie à Antoine mais rien n’y fait. Elle se sent lasse et met de la distance dans sa relation avec lui.

Nous pourrions décrypter de nombreuses relations, y compris les  jeux psychologiques, à partir de cette matrice. Chacun pourra s’autoévaluer et positionner ses proches pour mieux comprendre les processus relationnels, en gardant à l’esprit que cet exercice est un point de vue sur soi et les autres et n’est pas une vérité.

OKness

 Ce néologisme est de Berne lui-même. On le rencontre pour première fois à la page 268 de « principes de traitement thérapeutique en groupe » et nous pourrions le traduire par la capacité à s’accepter et accepter ce que disent, pensent, ressentent les autres. Nous ne sommes plus dans une décision structurale mais dans une approche relationnelle. Ce ne sont plus seulement des projections construites à partir de sa position existentielle, sur ce qu’est ou devrait être la vie, mais des réactions à des stimuli. L’OKness se façonne au fil des rencontres et comme Ernst l’a expliqué, « aller de l’avant avec l’autre », c’est à dire se mettre dans une disposition de coopération, contribue aussi à modifier sa position et à se rapprocher de « je suis OK / Tu es OK ».

[1] Eric Berne – Principes de traitement psychothérapeutique en groupe – Ed AT

[2] Franklin Ernst – L’enclos OK une grille « pour aller de l’avant avec l’autre » – CAAT 1

Les écoles récentes en AT

Le monde évolue et l’AT aussi. Le premier cercle des proches d’Eric Berne ayant montré la voie, d’autres analystes transactionnels leur ont emboité le pas en intégrant leur pratique à la théorie. L’AT continue donc à se développer. José Grégoire, dans son livre Les orientations récentes de l’analyse transactionnelle, a recensé plusieurs écoles, à noter que tous ces théoriciens sont du champ Psychothérapie . Citons ici ces nouvelles écoles.

  • L’analyse transactionnelle psychanalytique, de Carlo Moïso et Michele Novellino ;
  • La psychothérapie intégrative, de Richard Erskine et Rebecca Trautmann ;
  • L’analyse transactionnelle relationelle, de Charlotte Sills et Helena Hargaden ;
  • L’approche corporelle relationnelle, de Bill Cornell ;
  • L’analyse transactionnelle co-créative, de Graeme Summers et Keith Tudor ;
  •  L’approche narrativiste, de Jim et Barbara Allen.

 

Question

Quel lien entre l'AT et d'autres approches psychothérapeutiques ?

On connaît l’attachement de Berne à la psychanalyse et à son fondateur Sigmund Freud. Jusqu’à la fin de sa vie Berne est resté un grand admirateur de Freud même si sa pratique l’a amené à développer l’AT, mettant ainsi de la distance avec la psychanalyse. Le divan est resté présent dans sa salle de consultation.

Les années 60 ont vu aussi se développer l’école de Palo Alto, à quelques kilomètres de Carmel. Eric Berne était l’ami de Grégory Bateson, le fondateur de l’école. Il était également l’ami de Fritz Perls, qui s’est aussi éloigné de la psychanalyse pour créer la Gestalt thérapie. Notons enfin plusieurs référence dans l’œuvre de Berne à Alfred Korzybski, inventeur de la sémantique générale, dont le but était de montrer l’influence du langage dans les comportements. Quelques années plus tard la PNL exploitera l’idée que la carte n’est pas le territoire.