Après Eric Berne, l’AT continue

Au sein de cette “A.T. classique”, les différentes approches sont considérées comme complémentaires et susceptibles d’être combinées en dépit de leur divergences.

José Grégoire – Les orientations récentes de l’analyse transactionnelle

Une école de pensée désigne un ensemble de personnes qui partage des opinions semblables ou un point de vue similaire en philosophie. 

Eric Berne a fait de l’AT une discipline ouverte, dans la mesure où le processus reste éthique et contribue à guérir le patient. Nombre de transactionnalistes ont alors apporté leur singularité en contribuant à son développement.

Aujourd’hui encore, l’AT évolue. Chaque trimestre paraît la revue Actualités en analyse transactionnelle (AAT) en français, et le Transactional Analysis Journal (TAJ), en anglais, qui questionne les pratiques. Chaque analyste transactionnel peut y contribuer en écrivant des articles de fond qui contribueront au développement de l’AT. Les cinq écoles présentées ci-dessous sont extraites d’un article de J. Wilson & I. Karina, publié dans le Classique des ATT n°1.

De lâcher prise à changer prise

plongeonL’illusion de savoir quoi lâcher

Le “lâcher prise” fait partie de ces mots au sens vague, régulièrement utilisés. Le dictionnaire Larousse le définit comme étant « le moyen de libération psychologique consistant à se détacher du désir de maitrise ». Ceci permet à chacun de se faire une représentation sur le moyen en question, qui peut être une méthode, une pratique, une idéologie… Les lectures sur l’application du ou des moyens pour se détacher du désir de maitrise ne manquent pas.

Le lâcher prise semble être un remède à large spectre des maux de l’excès : travail, stress, addictions en tout genre, ce qui me laisse penser qu’il s’agit d’une illusion à vouloir nous guérir d’une partie de nous-même.

La prise serait celle des éléments déclencheurs de symptômes d’un malaise d’où la nécessité de la lâcher.

Mais concrètement, que devrait-on lâcher ? Une dose d’adrénaline, de caféine, de cocaïne… L’accoudoir de son fauteuil de manager ou la volonté de rester jeune à jamais ?

Il est sans doute aussi difficile de savoir quoi lâcher que comment lâcher. Alors, si on passait à changer prise ?

La peur du vide

Si je te lâche, tu tombes !

Qui, enfant, ne se souvient de cette phrase dans la bouche d’un proche ?

L’adulte d’aujourd’hui peut se demander : et si je lâche prise, est-ce que je vais tomber ?

Si la réponse était négative, alors le lâcher prise serait un moyen facile de se détacher. Il n’en n’est rien, les multiples articles sur le sujet en témoignent. Nous pouvons donc en déduire que nous avons peur de tomber dans un vide psychologique en lâchant prise. C’est sur les fondements de cette peur, réelle ou fantasmée, qu’il convient de s’intéresser.

Le contrôle rassure. En contrôlant nous avons l’impression de pouvoir agir en cas de besoin. Certaines personnes ont la phobie de l’avion car elles remettent leur vie entre les mains du pilote en abandonnant la possibilité de contrôle du vol. Pour d’autres, cette phobie prendra forme dès lors qu’ils s’assiéront sur le siège passager d’une voiture.

Apprendre à abandonner le contrôle c’est apprendre à faire face à l’incertitude et aussi, accepter la finitude de la condition humaine. Dès lors que nous acceptons cette possibilité, se dessine un chemin qui nous emmène vers la confiance.

Je sais que cet avion peut s’écraser et je choisis de m’y installer car j’ai confiance dans les pilotes.

Tout faire pour réussir et se préparer à échouer

Souvent le besoin de contrôle part d’une volonté de réussir. Chacun a ses messages qui le poussent à aller toujours plus loin vers le succès, parfois jusqu’à l’épuisement. Lâcher prise dans ce contexte serait renoncer au succès total pour accepter une part non prévue, c’est à dire, abandonner la croyance que les choses se font telles que nous les pensons. Cela nous ramène à un nécessaire besoin d’humilité qui nous aidera à retrouver le sourire devant la perte de nos illusions.

Sauf à être ascète, le renoncement, l’apologie de la perte, sont difficilement des fins en soi. Imaginons que nous ne soyons qu’énergie, c’est l’effet surtension qui faudrait juguler. Non pas en débranchant la prise mais en trouvant une autre prise, un autre endroit pour investir l’énergie autrement. Ne plus lâcher prise mais changer prise.

Nous acceptons la perte quand elle a un sens qui nous permet de nous remobiliser dans d’autres projets.

Il devient intéressant de prendre du recul quand cela permet une vision plus large sur le monde qui nous entoure. Nous pouvons ainsi tourner la tête et découvrir la joie autrement, l’amour. S’ouvre alors un champ des possibles pour aller de l’avant, avec de nouvelles pratiques, de nouvelles pensées, une nouvelle énergie.

Ce peut être le zen, l’art, le sport. Ni le zen, l’art ou le sport ne peuvent être exclusivement curatifs. C’est l‘amour de la discipline, l’amour de faire qui permet de changer prise.

Il faut aimer pour faire et non faire pour oublier.

Changer devient l’occasion d’être et de faire autrement, pour profiter de la vie en toute simplicité.

5C – 1D, comment obtenir des signes de reconnaissance – part 2

intimite

Plus nous avançons dans les étapes de la structuration du temps et plus les signes de reconnaissance sont intenses, positivement ou négativement.

Je me suis intéressé aux conditions nécessaires à l’obtention de signes de reconnaissance positifs, puis négatifs s’agissant des jeux psychologiques.

Retrait : s’il l’on considère que le SR ne peut qu’être reçu de l’extérieur alors, sa valeur est à 0 comme le propose Hostie. Personnellement, je pense que chacun est en capacité de se donner des SR et que le retrait peut aussi être un moment pour s’attribuer des SR positifs.
Quand il est choisi, le retrait a pour effet de produire du confort parce qu’il sert à une préparation ou un ressourcement. Je considère cette forme de retrait comme la voie pour se donner des SR, parfois à haute intensité.

Rituel : Imaginons que vous rentriez dans l’ascenseur, vous dîtes bonjour à votre voisin qui ne vous répond pas. Mauvaise impression. Pour obtenir un SR positif à l’étape du rituel, nous devons nous conformer aux normes sociales.

Passe-temps : Il sert à vérifier la compatibilité entres personnes. Présente, le passe-temps sera un moment de plaisir et les échanges se feront sur des intérêts communs. Les SR sont nombreux, peu intenses mais positifs. Absente, le passe-temps tourne court.

Activité : pour être efficace, que chacun puisse développer son autonomie, l’activité doit faire l’objet d’un contrat. Il y aura alors matière à de nombreux signes de reconnaissance. Si le contrat est flou, voire inexistant, les personnes seront en insécurité et les SR négatifs. Cette situation conduit aux jeux psychologiques.

Jeux psychologiques : En insécurité, le stress monte, je suis dans mon système de défense. Mon comportement est celui de la défiance. Contrairement à la méfiance, où je suis sûr d’être trompé, la défiance associe la prudence, je crains d’être trompé. Les SR sont négatifs mais la possibilité de les rendre positifs est bien réelle. La condition est une protection.
Intimité : À l’opposé des jeux se trouve l’intimité. C’est à cette étape que les SR sont les plus intenses. J’accepte de me montrer, tel que je suis, avec mes pensées et mes émotions, sans craindre l’exploitation. J’accepte l’autre, tel qu’il est, avec ses pensées et ses émotions, les échanges sont authentiques. La condition : la confiance

Cinq C pour favoriser l’obtention de SR positifs : Confort, Conformité, Compatibilité,Contrat, Confiance.
Un D qui amène les SR négatifs, Défiance, avec une potentielle issue positive.

5C

L’alliance du DISC de Marston et de l’AT – Part 2

masque

 

 

Carlo Moïso1 (1945-2008), analyste transactionnel italien, a développé, à partir de la pensée de Berne, le schéma d’identité.

 

schema_d_identite_

En arrivant au monde, l’enfant est fondamentalement OK. C’est à dire, c’est OK d’être comme je suis dans ce monde. Carlo Moïso appelle le bébé, Enfant Naturel ou Prince (pour reprendre l’appellation de Berne).

L’enfant a des besoins et si les réponses sont adaptées, l’enfant va se sentir bien et commencer à développer sa propre autonomie2.

Si les réponses ne sont pas adaptées aux besoins, l’enfant se sentira blessé ou bloqué dans la satisfaction de ses besoins. Cette étape est celle du Prince Blessé.

L’enfant va alors penser qu’il y a des choses chez lui qui ne vont pas et qu’il va falloir vivre avec ça. Cette étape est celle du Crapaud, toujours en référence aux contes de fée, appelée aussi Identité Profonde Adaptative.  L’identité est profonde car cachée, des autres et de soi, ceci pour mettre de la distance avec les blessures anciennes. L’identité est adaptative car l’enfant, puis l’adulte qu’il deviendra, s’adapte à cette situation. Les manifestations du Crapaud peuvent être visibles sous stress.

Comme une identité de crapaud n’est pas acceptable socialement, l’enfant va se créer une identité sociale, le Masque ou Identité Adaptative Sociale. Nous retrouvons ici la persona de Jung.

Enfin, la dernière étape est celle du Héros. Il s’agit d’atteindre sa personnalité idéale, préférée. Au service du Masque, le Héros mettra davantage en valeur l’aspect social de la personne.  Un exemple :

Thierry est l’aîné d’une famille de 4 enfants. Il est chirurgien de profession. Dans sa famille il y a un lien très fort avec la médecine. Son père était cardiologue et son grand-père était médecin de campagne. Pour lui l’avenir était tout tracé, il se devait d’embrasser la médecine. Ses modèles sont nombreux, à commencer par De Vinci, un des premiers anatomistes, jusqu’aux chirurgiens les plus réputés, pratiquant telle greffe ou réussissant telle transplantation.

Dans cet exemple, le métier de chirurgien n’est pas un choix autonome, il a été fortement influencé par l’histoire familiale. Néanmoins, Thierry vit très bien avec sa profession, son Masque professionnel lui sied parfaitement. Sa volonté d’aujourd’hui est de devenir un chirurgien qui marquera son époque par ses succès, à l’image de ses Héros.

Thierry a toujours aimé le bois. Enfant, il construisait des cabanes, aujourd’hui, dès qu’il le peut, il façonne des meubles. Bien qu’il n’ait jamais suivi de formation, André-Charles Boulle est sa référence en matière d’ébénisterie.

Nous pouvons imaginer que Boulle est un Héros au service du Vrai Soi,  la partie autonome de Thierry. Dans se cas, Le Héros contribue à une volonté de croissance, de recherche de sens, de développement faits à partir de choix intimement personnels.

Pour autant, il n’y a pas de dichotomie entre la partie scénarique et la partie autonome de notre identité. L’être humain est un tout éminemment complexe.

La théorie des types de comportement du DISC propose deux styles, naturel et adapté que je rapproche des étapes de l’identité profonde adaptative et l’identité adaptative sociale.

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Le style naturel : c’est le comportement d’une personne hors pression sociale. Seul ou dans l’intimité familiale, il enlève le Masque. Il se rapproche du Prince qu’il a été et peut aussi se retrouver au contact de son Crapaud.  Si vous souhaitez voir un petit morceau de votre Crapaud, observez-vous au volant de votre voiture, en plein embouteillage, un jour où vous avez un rendez-vous important.

Le style adapté : c’est le comportement d’une personne sous pression sociale, au travail, en société… Ici la personne met le Masque qu’elle aime montrer et avec lequel les autres la reconnaissent. Si vous souhaitez appréhender cette zone de votre identité, réfléchissez à comment vous entrez en relation dans un groupe. Quelques exemples : le bon père de famille, le râleur, l’expert, le comique, le sympa… Tant que la personne est reconnue dans son identité sociale, le masque tient.

Avec le modèle du DISC, en tant que coach j’accompagne mes clients à construire leur identité préférée.

Dans un premier temps, il s’agit que comprendre ce qui justifie les écarts entre le style naturel et le style adapté. Ensuite, de vérifier s’il y a adéquation entre l’identité sociale et les attentes de l’environnement. Enfin, d’accompagner mon client sur les chemins  qui lui

[1] Moiso – Besoins d’hier, besoins d’aujourd’hui – Edition AT

[2] Le schéma d’identité est expliqué en détail sur le blog http://journal-coach.blogspot.fr/2013/02/le-modele-des-identites-de-carlo-moiso-1.html

Pourquoi les gens n’écoutent pas les conseils ?

3 singes b

C’est une histoire que tout le monde connaît et vit plus ou moins régulièrement. Quelqu’un vient vous voir et vous dit :

« J’aurais besoin d’un conseil, … ». La personne semble attendre votre avis sur la question pour prendre une décision. Justement, vous avez une idée que vous proposez. Dès le conseil apporté, la réaction est « oui mais,… ». Vous argumentez, vous illustrez, vous apportez des exemples et la réaction est de nouveau : « oui mais, … ».

Vous venez d’entrer, involontairement, dans un jeu psychologique. Votre objectif est maintenant d’en sortir.

Les jeux psychologiques finissent mal

Eric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle, a observé des mécanismes dans les relations interpersonnelles, qui n’apportent rien de positif et qui pourtant sont répétitifs. Au terme de l’échange, chacun repart avec du ressentiment, sans en comprendre véritablement l’origine. Pour autant ce système présente un « intérêt » puisqu’il permet de valider des croyances personnelles, sur soi, les autres ou le monde en général. Berne a nommé ces phénomènes des jeux psychologiques[1]. Ils sont relativement fréquents, répétitifs, inconscients et finissent mal car à la fin de l’entretien chaque personne éprouve un sentiment inexplicable et désagréable.

Dans l’exemple ci-dessus, le jeu psychologique est celui du « oui, mais… ». Bien sûr, tout le monde y joue. Dans un environnement professionnel, il est utile de le repérer.

Quand un collaborateur ou un collègue cherche un conseil, que demande-t-il vraiment ?

A un niveau social, la demande concerne un problème à résoudre.

A un niveau psychologique, hors champ de la conscience, la demande est d’un autre ordre. Il peut s’agir d’une attente de validation d’une idée déjà aboutie avec la nécessité de se convaincre qu’il s’agit de la meilleure possible. Cela s’apparente à une demande de prise en charge pour partager le poids d’une décision.

Dans ces circonstances, à la suite du conseil, les réactions seront : « oui mais, … ». Si cela se répète plus de deux fois, la conversation se situe dans un jeu psychologique.

Pour jouer il faut être au moins deux

Au terme du jeu psychologique, l’apporteur de conseil se sentira tout aussi désabusé que le demandeur. Chacun sa part de responsabilité dans cette histoire, y compris à l’apporteur de conseil. Pourquoi s’évertue-t-il à répondre aux « oui mais, … ». Il y a vraisemblablement un intérêt à vouloir résoudre un problème qui ne lui appartient pas. Il en tirera reconnaissance et gratification personnelle qui le convaincront de son utilité dans l’organisation.

Inconsciemment, nous rentrons dans des rôles pour jouer aux jeux psychologiques. Ici, il s’agit du « Sauveteur ». La majuscule différencie le rôle dans les jeux de celui qui consiste à, officiellement, porter secours.

Certains Sauveteurs n’attendent pas les demandes pour proposer des solutions et mettent en évidence le nom complet du jeu psychologique : « pourquoi ne fais tu pas …..oui mais,… ». « oui mais,… » n’étant que le raccourci.

Le demandeur est lui dans un rôle de « Victime ». Là encore, la majuscule différencie le rôle dans les jeux psychologiques de l’état de souffrance dans lequel se trouvent certaines personnes suite à une atteinte à leur intégrité physique ou psychologique. La « Victime » se considère démunie, incapable de résoudre son problème seule.

Peut-on conseiller sans jouer ?

Certaines demandes de conseil sont sincères et le demandeur prend ce qui lui est proposé. L’issue du conseil n‘est donc pas systématiquement dans les jeux psychologiques.

Pour ma part et pour limiter le risque, je me limite autant que possible aux conseils informatifs, conseiller sur de l’information susceptible d’aider la personne.

Une autre option pour aider sans « Sauver » est la pratique de la maïeutique, technique socratique bien connue des coachs qui consiste, par le questionnement, à amener le demandeur à prendre conscience de ce qu’il sait déjà.

[1] Eric Berne – Des jeux et des hommes – Ed Stock

 

Théorie organisationnelle de Berne, extension du 21° siècle

Théorie organisationnelle de Berne

Avant-propos

 

Dans son ouvrage « Structure et dynamique des organisations et des groupes »[1], Éric Berne nous offre une lecture systémique des Eric Bernegroupes et des organisations. Ce livre fut publié en 1963 et est le second, après « Analyse transactionnelle et psychothérapie » à présenter la pensée « transactionnaliste » de Berne. L’ouvrage est riche et la démarche,  selon les propos de l’auteur, est scientifique. C’est peut-être la cause du relatif désintérêt que lui a porté le public des analystes transactionnels, davantage intéressé par les aspects cliniques de la théorie. Il est difficile de s’orienter à travers les chapitres qui peuvent manquer de structure pour un essai scientifique ou trop se disperser pour une vulgarisation, ce qui en rend la lecture assez âpre. Pour autant, la profondeur des propos, la présentation des plus petits groupes, famille, groupes de thérapie, aux plus grandes organisations, entreprises, nations, en font un ouvrage de référence encore aujourd’hui.

En 1975, Eliott Fox[1] a publié un article intitulé « La théorie organisationnelle de Berne » où il synthétise une partie des thèmes développés par Berne. On y retrouve les principaux processus relationnels et concepts décrits par Berne dans un tableau : le schéma de Fox. Incompréhensible à la première lecture, Gilles Pellerin s’en est servi pour construire des formations sur le sujet dans les années 80. Il a su découvrir tout l’intérêt de l’article qui présente et ordonne les idées riches mais parfois diffuses de Berne. Sous l’impulsion des formations dispensées par Gilles Pellerin puis reprises par différentes écoles, le nom de « Théorie organisationnelle de Berne » s’est installé en France dans les esprits des praticiens en AT pour représenter, à tort, la théorie de Berne

Le monde est un système, l’humanité en fait partie et, comme toute espèce, elle a développé une organisation qui s’appuie sur  sa spécificité : la parole.  Nous avons des mots pour désigner des choses, qui ne sont pas forcément réelles mais qui nous offrent la possibilité de structurer notre pensée. Des notions comme « frontière », « appareil », et tant d’autres, ont permis à Berne de cartographier la façon dont les organisations humaines se structurent et interagissent. Par exemple, Berne décrit et spécifie les différences entre une foule, un groupe ou une organisation. C’est parce que nous savons les différencier que nous pouvons en faire une analyse fine et adopter des comportements spécifiques et cohérents.

Analyse transactionnelleAvec l’analyse transactionnelle, Berne a créé un langage, son langage. Il peut être parfois déroutant car ce qui est nommé en AT et tout particulièrement dans « Structure et dynamique des organisations et des groupes » ne correspond pas toujours au sens commun. Par exemple, le sens de cohésion dans le contexte de l’AT diffère quelque peu du langage courant. Rappelons également que l’œuvre originale de Berne fut rédigée en anglais et traduite en français avec parfois des différences pour un même mot, en fonction des articles ou des éditions. Berne va donc construire son oeuvre sur ce langage spécifique qui en fait la richesse mais aussi la complexité.

Berne parle d’agrégats sociaux dont les « groupes » et les « organisations » font partie. Ce ne sont pas les seuls, chaque agrégat étant défini par sa structure et sa vocation. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces notions que nous compléterons.

Si Berne s’est intéressé aux groupes, jusqu’à en écrire un livre, c’est avant tout parce que l’analyse transactionnelle avait comme objectif la thérapie en groupe.

Dans sa pratique thérapeutique individuelle, Berne se référait à la psychanalyse. Toute sa vie, Freud restera un modèle important et le fait que Berne ne fut pas admis parmi le « club des psychanalystes » n’y changera rien. Il gardera un canapé dans son cabinet tout au long de sa carrière.

En 1956, le refus du titre de Psychanalyste par l’Institut de Psychanalyse de San Francisco le poussa à développer sa propre approche de la psychothérapie, l’analyse transactionnelle.

Il a élaboré sa pensée et sa théorie en observant ses patients, dans des relations thérapeutiques individuelles. Ce qui fut révolutionnaire à son époque est l’intégration de son travail dans une pratique thérapeutique de groupe. Au début des années 60[3], il y avait peu de théories et de théoriciens pour comprendre et proposer une lecture puis des actions sur les groupes. Berne fut l’un des précurseurs, accompagné par quelques confrères installés sur la côte ouest des USA.

L’analyse transactionnelle proprement dite, c’est-à-dire l’analyse des transactions, les actions sociales verbales et non verbales entre personnes, permettra à Berne l’élaboration d’une méthode complète de psychothérapie de groupe. Ainsi avec le matériel de l’AT, Berne pouvait observer les processus sociaux, les transactions mais aussi les processus intrapsychiques, avec l’analyse structurale des états du moi puis par la suite, les jeux psychologiques et le scénario. Le groupe prend alors toute sa place dans le travail thérapeutique, il devient une caisse de résonnance pour ses membres. C’est un travail thérapeutique de groupe plutôt qu’en groupe.

Berne exerçait la thérapie individuelle à ses cabinets de Carmel et San Francisco et la thérapie de groupe à l’hôpital. Ce fut une aubaine pour observer ce qui se joue dans un groupe plus grand, structuré, autre qu’un groupe de thérapie. L’hôpital devint son laboratoire d’analyse des processus dans une organisation.

Je remercie Éric Berne et lui exprime ma gratitude, à supposer qu’il la perçoive de l’au-delà. Ce que je regrette, et qui bien sûr est indépendant de sa volonté, est qu’il soit mort à 60 ans, laissant derrière lui une œuvre inachevée. De nombreux transacionnalistes ont repris le flambeau en développant les concepts selon leur propre sensibilité et objectifs. Les travaux des plus célèbres d’entre eux se situent principalement dans le champ de la psychothérapie, là où l’AT est née. Je ne connais pas de nouveaux modèles ou d’approches complémentaires à celle de Berne au sujet de la structure et la dynamique des groupes et des organisations. Pourtant, depuis 1963, il s’est passé pas mal de choses…

Théorie organisationnelle de BerneSans dresser un tableau exhaustif, nous pouvons constater que la société de 2020 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1963. Le digital est entré dans notre quotidien, les réseaux sociaux sont des vecteurs puissants des mobilisations sociales. Nous pouvons être tracés au fil de la journée grâce ou à cause de notre téléphone portable. La quantité d’informations sur les serveurs de Wikipedia dépasse largement celles de toutes les encyclopédies réunies, dans toutes les langues. La cybersécurité est devenue un enjeu majeur pour les entreprises face aux cybermenaces, piratage informatique, demande de rançon. De fait, les frontières de l’entreprise sont réelles, matérialisées avec le poste de garde autant que virtuelles.

Bref, le monde a changé, il me paraît intéressant d’avoir un regard complémentaire sur les structures et dynamiques des groupes et des organisations.

[1] Structure et dynamique des organisations et des groupes – Eric Berne -Edition AT

[2] La théorie organisationnelle de Berne- Eliott Fox – AAT 8

[3] L’origine d’une pratique d’analyste de groupe,, Jean-Claude Rouchy, « Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe » N°52.

Les écoles récentes en AT

Le monde évolue et l’AT aussi. Le premier cercle des proches d’Eric Berne ayant montré la voie, d’autres analystes transactionnels leur ont emboité le pas en intégrant leur pratique à la théorie. L’AT continue donc à se développer. José Grégoire, dans son livre Les orientations récentes de l’analyse transactionnelle, a recensé plusieurs écoles, à noter que tous ces théoriciens sont du champ Psychothérapie . Citons ici ces nouvelles écoles.

  • L’analyse transactionnelle psychanalytique, de Carlo Moïso et Michele Novellino ;
  • La psychothérapie intégrative, de Richard Erskine et Rebecca Trautmann ;
  • L’analyse transactionnelle relationelle, de Charlotte Sills et Helena Hargaden ;
  • L’approche corporelle relationnelle, de Bill Cornell ;
  • L’analyse transactionnelle co-créative, de Graeme Summers et Keith Tudor ;
  •  L’approche narrativiste, de Jim et Barbara Allen.

 

Question

Quel lien entre l'AT et d'autres approches psychothérapeutiques ?

On connaît l’attachement de Berne à la psychanalyse et à son fondateur Sigmund Freud. Jusqu’à la fin de sa vie Berne est resté un grand admirateur de Freud même si sa pratique l’a amené à développer l’AT, mettant ainsi de la distance avec la psychanalyse. Le divan est resté présent dans sa salle de consultation.

Les années 60 ont vu aussi se développer l’école de Palo Alto, à quelques kilomètres de Carmel. Eric Berne était l’ami de Grégory Bateson, le fondateur de l’école. Il était également l’ami de Fritz Perls, qui s’est aussi éloigné de la psychanalyse pour créer la Gestalt thérapie. Notons enfin plusieurs référence dans l’œuvre de Berne à Alfred Korzybski, inventeur de la sémantique générale, dont le but était de montrer l’influence du langage dans les comportements. Quelques années plus tard la PNL exploitera l’idée que la carte n’est pas le territoire.